Bernis
Article de Wikipédia sur François-Joachim de Pierre de Bernis
A l'issue du conclave (mai 1769) qui a élu le pape Clément XIV, le cardinal de Bernis est nommé chargé d’affaires du roi de France à Rome, où il exerce très rapidement une grande influence. Il joue un rôle de médiation primordial dans la diplomatie française en direction de l’Europe et du monde, comme en témoigne sa correspondance « secrète et réservée » avec le comte de Vergennes, secrétaire d’Etat des affaires étrangères de Louis XVI entre 1774 et 1787. Cette correspondance, riche de plus 1200 lettres, atteste en particulier du rôle joué par le cardinal dans le renforcement de l’alliance franco-espagnole, décisive au moment de la guerre d’indépendance américaine.
En 1784, Vergennes envoie Bernis à Naples pour tenter de réchauffer les liens dynastiques avec les Bourbons des Deux-Siciles, alors que Denon – qui y est comme chargé d'affaires - rencontre de grandes difficultés avec cette Cour.
Denon rend compte à Hennin (mai 1784) de cette visite dans plusieurs dépèches :
« M. le Cardinal de Bernis, Monseigneur, qui connaissait Naples comme s’il eût longtemps habité cette ville, ne fait que se convaincre par ses yeux de ce qu’il avait pressenti. Rien ne pouvant donc échapper à la sagacité d’un génie aussi juste et aussi lumineux, je suis loin de penser qu’il me reste rien à ajouter à ce qu’il est dans le cas de vous écrire ; et je me restreins Monseigneur, pendant le séjour de ce Ministre du Roi à jouir de sa précieuse société, à lui demander et à en recevoir les conseils qu’il me donne avec la grâce et l’aménité qui lui sont propres (…) »
« Il était bien consolant pour moi, Monseigneur, de voir arriver dans cette année-ci quelqu’un à qui je pus développer ma conduite et communiquer mes pensées et que ce personnage fut aussi respectable et aussi juste que M. le Cardinal de Bernis. J’en ai donc agi avec lui avec la même franchise qu’avec vous Monseigneur, c’est à dire comme quelqu’un qui veut être utile et qui ne cherche qu’à s’éclairer et qui, s’il a un sentiment qui lui soit personnel, c’est seulement celui de l’amour propre d’être estimé de ceux qu’il révère. »
De retour à Rome le 31 mai 1784, après un séjour de 16 jours à Naples, Bernis adresse à Versailles une lettre pleine d’éloges sur la conduite de Denon et intercède pour que celui-ci soit récompensé de ses mérites:
« Je suis arrivé, Monsieur, en bonne santé le 27 de ce mois, après avoir séjourné 16 jours entiers à Naples. Les attentions dont j’avais été honoré à mon entrée dans les Etats de Sa Majesté Sicilienne m’ont suivi jusqu’à ma rentrée dans les Etats Ecclésiastiques. M. Denon vous a rendu compte de la manière dont j’ai été accueilli à la Cour de Naples et des marques continuelles de confiance et de familiarité, du moins apparentes, que j’ai reçues de la part de la Reine… Il est à remarquer, Monsieur, que dans un grand nombre de conversations de 2 et 3 heures, la Reine ne m’a porté aucune plainte contre la France, ni contre M. Denon et les autres employés de la cour à celle de Naples… Après avoir pris les plus exactes informations, je dois vous assurer, Monsieur, que vous pouvez vous fier entièrement aux relations de M. Denon, qui n’a rien exagéré et dont la conduite a été aussi sage et modérée que ferme et soutenue. C’est un sujet de distinction, estimé à Naples de tous les honnêtes gens et dont la situation, le courage tranquille et le zèle toujours actif méritent la protection spéciale du Roi et votre estime, sans compter les services que je vous supplie de lui rendre en aidant à sa médiocre fortune, dérangée par des passages continuels et en l’attachant à quelque place encore plus honorable que celle qu’il occupe et plus analogue à ses besoins… ».
Bernis n'est cependant pas parvenu à rompre l’anglophilie dominante à la cour des souverains napolitains.