Benjamin Zix
Autoportrait de la rencontre entre Zix et Denon à Strasbourg
En 1805, la rencontre avec Vivant Denon à Strasbourg constitue un événement décisif dans la vie de l'artiste. Un demi-siècle plus tard, les circonstances en sont décrites dans une lettre envoyée par Fritz Gunther - le neveu de Zix - à l'un de ses parents, Charles Boersch, « maitre farinier à Strasbourg» : « Mais lorsque du temps de l'Empire l’empereur passa le Rhin, et que l'Impératrice Joséphine pris [sic] sa résidence à Strasbourg. m. Denon Directeur général des musées devant rejoindre l'Empereur, passa aussi à Strasbourg, et devant s'adjoindre un babil [sic] dessinateur, Zix lui fut recommandé, cependant pour donner d’abord une preuve de sa capacité, m. Denon le chargea de faire le tableau où l'Impératrice pria à la cathédrale pour le succès de l'Empereur, à condition qu'après la cérémonie, il l'aurait fini pour le lendemain à midi.»
Réalisée dans les temps, cette commande scelle désormais une collaboration sincère et fidèle. Entre 1805 et 1811 au gré des victoires de Napoléon, Denon et Zix traversent l'Allemagne, la Pologne, puis l'Espagne, l'Autriche et enfin l'Italie. Scènes de combats, entrevues diplomatiques et apparitions incontournables de l'Empereur se succèdent ; chaque fois décrites avec une véracité photographique.
Parmi les peintres officiels, Gros, Taunay ou Roehn ont été attentifs aux lavis de Zix pour la confection de leurs toiles. Parallèlement à ces épisodes guerriers, entre commémorations militaires ct événements de la vie de la famille impériale, Zix participe à d'autres faits marquants du premier Empire. Les sujets du socle de la colonne Vendôme et quelques dessins de salles au Louvre l'occupent durant de rares instants de répit. Dans ces commandes confiées à l'artiste s'imposent une grande minutie dans l'exécution et un sens aigu du clair-obscur. Son Projet d 'un obélisque sur le Pont-Neuf en témoigne
Iconographe privilégié de Vivant Denon, Zix le représente en homme avisé conversant avec le savant Jean Bernoulli en 1806 ou au moment d'un décrochage de tableaux d’une une galerie de Cassel l'année suivante. Puis, en 1809, le goût de la mystification de Denon se révèle grâce au talent de Zix avec Denon ramassant les ossements du Cid et de Chimène. A ce dessin succède, en 18I0, la fine allégorie illustrant Denon dans une salle imaginaire du Louvre.
Chargé de relater les victoires de Bonaparte en 1796, Zix accompagné de Denon effectue un ultime voyage en Italie. Atteint d'une «fièvre pernicieuse », il s'éteint à Pérouse le 7 décembre 1811. Quelques jours après sa mort précoce, Denon écrit à son amie Isabella Teotochi : « Il faut donc me rendre d'abord là où j'espère qu'on aura pas la dureté de me refuser une semaine ou deux en dédommagement de mes peines et du chagrin que je viens d'éprouver pour la perte d'un artiste qu'il y avait 6 ans qui était avec moi, et qui après une fièvre de trois jours est mort dans mes bras deux jours après sans maladie et dans une consomption absolue. Je ne peux pas t'exprimer le sombre que cela a jeté dans mon âme, il n'y avait que tes lettres et tout ce qu'elles exprimaient qui pussent la soulager »
Regis Speigel