Gros
Portrait de Antoine Jean Gros à 20 ans par Gérard
Article Wikipedia sur Antoine-Jean Gros
Gros fit la connaissance de Bonaparte à l'occasion de la première campagne d'Italie. Il rencontra Joséphine à Gènes qui fut séduite par son talent et qui lui demanda de l'accompagner à Milan où elle devait retrouver Bonaparte. C'est là qu'il esquissa son portrait qui servit de modèle au tableau du pont d'Arcole. Il lui commanda ce tableau où il plante le drapeau français vers le pont d'Arcole. Il sera alors dans le cercle des peintres préférés de Napoléon et aura à connaitre Vivant Denon qui lui passera les commandes de toiles magnifiant l'épopée napoléonnienne.
Gros prononcera un éloge funèbre de Denon lors de ses obsèques au cimetière du Père Lachaise.
Le Tableau de la bataille d'Eylau
Dominique-Vivant Denon, directeur du Louvre alors appelé Musée Napoléon, établit en mars 1807 le programme du concours pour la représentation de la bataille d’Eylau. On devait faire figurer l’empereur Napoléon Ier visitant le champ de bataille le lendemain du combat, secourant les blessés, et montrer des Français vainqueurs. Ce concours public avait pour récompense la commande d’une valeur de 16000 francs, d’un tableau de mêmes dimensions que celui peint par Antoine-Jean Gros en 1804, Bonaparte visitant les Pestiférés de Jaffa et qui ferait pendant. Cette oeuvre participerait ainsi à la propagande napoléonienne, représentant les gestes de l’empereur. Vivant Denon annonça les modalités du concours par voie de presse dans le Moniteur Universel, organe officiel du gouvernement, et dans le Journal de Paris du 2 avril 1807. Une notice expliqua le sujet du tableau, les détails du carnage, les soins apportés aux blessés et l’épisode fictif du jeune hussard lituanien qui aurait dit à Napoléon :
« César, fais que je vive et je te servirais fidèlement comme j’ai servi Alexandre ». Denon mit en avant dans sa notice la bonté de l’empereur vis-à-vis des ennemis, sa clémence, soulignant « le regard consolateur du grand homme ». Il informa également les artistes qui souhaiteraient concourir qu’un croquis était à leur disposition dans ses bureaux du Musée Napoléon. La date butoir pour la remise des esquisses au Musée était fixée au 15 mai 1807. On comptabilisa ainsi vingt-six concurrents : parmi eux, Antoine-Jean Gros qui avait déjà gagné en 1801 le concours d’esquisses représentant la Bataille de Nazareth.
Les esquisses retenues furent présentées et exposées anonymement au public à partir du 18 mai dans la Galerie d’Apollon au Louvre, ce qui éveilla le vif intérêt des curieux. Le concours suscita néanmoins de nombreuses critiques. On déplora le court laps de temps accordé pour la réalisation des esquisses ainsi que le programme imposé dont les termes étaient contradictoires, complexes, jugés incompatibles avec une peinture d’histoire. Certains critiques d’art n’apprécièrent pas la violence représentée dans ces esquisses, ces « champs inondés de sang, couverts de membres mutilés et séparés […] entassés pêle-mêle sur le devant des tableaux » selon le critique du Courrier des Spectacles du 28 mai 1807. Ce critique d’art estimait dans son article que pour certaines esquisses qu’il jugeait mauvaises « les uns les ont embellis de ciels d’opéra ; les autres ne se contentent pas d’une nature froide et couverte de neige, il leur faut de larges rayons qui proviennent d’un soleil vigoureux ; ceux-ci mettent un fourgon chargé de provisions pour objet principal ; celui-là fait nager soldats et chevaux dans une mer de sang ; l’autre dans un océan de neige. Il en est un qui ne montre l’Empereur que par derrière ».
L’esquisse de Gros se distingua au concours par la grandeur des personnages représentés et fut admirée par le Courrier des Spectacles qui notait qu’elle était « remplie de grandes beauté et digne de la réputation » acquise par cet artiste. Jean-Baptiste Boutard, critique d’art du Journal de l’Empire donnant son avis sur les esquisses le 22 mai 1807, après avoir rappelé à ses lecteurs quelques indications sur le sujet du concours et les instructions à suivre par les artistes, écrivait à propos de l’esquisse de Gros : « l’Empereur embrasse d’un regard plein d’émotion le vaste champ de carnage ; il exprime du geste, la résolution prise avec lui-même : de mettre un terme à ce désastre.
Cette action intérieure et silencieuse, qui se manifeste seulement par le mouvement de la physionomie est de celles qu’un peintre habile peut rendre avec plus de précision que ne le ferait l’écrivain : c’est une des circonstances infiniment rares et précieuses pour l’art, où la peinture est plus puissante que le discours, et peut ajouter quelque chose aux récits de l’historien, et même aux chants du poète : le reste de la composition est sagement ordonné. Le jeune Lituanien se distingue dans la foule des malheureux qui se pressent sur les pas du héros consolateur ; les pertes de la journée précédente et les douleurs de la nuit sont reproduites par d’ingénieux épisodes. […] l’exécution est facile et vigoureuse, la disposition pittoresque, la couleur brillante. Les suffrages et les voeux se réunissent en général sur cette esquisse ».
Antoine-Jean Gros ne commença le tableau de Napoléon sur le Champ de Bataille d’Eylau que six mois plus tard et ne l’acheva que le 15 août 1808. Vivant Denon rendit compte de son impression sur le tableau à Napoléon dans une lettre datée du 15 août 1808 : « Ce grand artiste marche de chef-d’oeuvre en chef-d’oeuvre. Ce tableau est supérieur encore à la Peste de Jaffa et à la Bataille d’Aboukir. Ce bel ouvrage sera au Salon prochain ». La veille de l’ouverture du Salon, le 13 octobre, il envoya de nouveau une note à Napoléon dans laquelle il écrivait que Gros avait « développé tout ce que le pinceau peut avoir de poésie et d’énergie ».
Extrait de Irène Perret - In : La Fondation Napoléon | « Napoleonica. La Revue » 2009/1 N° 4 | pages 50 à 61