Canova
Antonio Canova
A l'aube du xixe siècle, la renommée d'Antoine Canova a franchi les Alpes. Ses deux groupes célèbres de l'Amour et Psyché ont été acquis par Murat. Après sa belle-soeur Caroline, «Mme Bonaparte est conquise par cet art raffiné et subtil». Le Premier Consul donne l'ordre de faire venir le sculpteur en France. « L'Ambassadeur Cacault est chargé de remplir cette difficile mission ; il faut littéralement arracher l'artiste à son atelier romain; il ne cède qu'aux supplications du Pape Pie VII et du Cardinal Consalvi, épouvantés des conséquences d'un refus. « Le dieu dè la sculpture », comme on l'appelle, arrive à Paris à l'automne de l'année 1802, fêté par les artistes français qu'il a connus à Rome, Percier, Fontaine, David, Gérard.
A Saint-Cloud, le sculpteur doit exécuter le buste du Premier Consul.
A la fin de l'année 1806, rendant compte à l'Empereur des commandes en cours d'exécution et dont il a la charge, Vivant Denon écrit : « M. Canova vient de m'informer, Sire, que votre statue est terminée. J'apprends par tout le monde que c'est le meilleur ouvrage de ce célèbre artiste. Je demanderai à Votre Majesté quel est le lieu qu'Elle lui destine ... La blancheur et la pureté de la matière ne permettent pas que cette statue soit exposée à l'intempérie de notre climat ; sa nudité m'a fait penser de la placer au Musée, parmi les Empereurs, et dans la niche où est le Laocoon, de manière à ce qu'elle soit le premier objet qu'on verrait en entrant ; mais elle peut à présent trouver place dans la salle que V.M. destine à la Gloire de ses Armées ... >> On voit avec quelle diplomatie, Denon suggère au Souverain ses propres idées.
Au mois de mars suivant, le Directeur des Musées écrit à Canova : " Mon cher Collègue, je vous préviens que votre statue est arrivée à bon port, à quelques taches d'eau près, qui, sous dix ou douze jours, ne paraîtront plus. Je vais la faire placer dans l'endroit que vous m'avez désigné et, aussitôt qu'elle sera en état d'être vue par l'Empereur, j'aurai l'honneur de prévenir S. M. et de la prier de la venir voir. Je vous informerai après cette visite de l'effet qu'elle aura produit ; je ne doute pas qu'il soit aussi satisfaisant que vous le désirez". Le même jour, Vivant Denon s'adresse à l'Intendant Général Daru : "Je viens de faire décaisser la statue et placer dans la salle des Hommes Illustres. J'attendrai que S. M. l'ait vue et m'ait autorisé à en faire jouir le public. Aussitôt, je préviendrai par la voie des journaux". Le Directeur des Musées apporte quelque réserve à son enthousiasme. L'un des premiers qui voit l'oeuvre du plus illustre statuaire d'Italie est Quatremère de Quincy. Ecoutons-le. "La statue dit-il, était provisoirement placée d'une façon fort peu avantageuse dans une salle basse du Louvre, sur un socle postiche fort bas; or, elle était destinée, par l'effet de sa composition, à occuper un local élevé et spacieux. Il est vrai que la figure n'était encore que provisoirement exposée. Pour rendre l'exposition publique, on attendait les ordres du maître. Il vint. Voici Napoléon face à face avec son image idéalisée et nue. J'étais de service - raconte ie Baron de Bausset, Chambellan de S. M., - et je suivais l'Empereur qui se rendit au Musée de Sculpture, pour y voir sa statue en marbre, que Canova venait d'envoyer d'Italie. Comme travail, rien n'était plus beau : mais, comme portrait, elle laissait beaucoup à désirer. Napoléon ne fut pas satisfait. Cette nudité dans son portrait n'était pas de son goût". Quatremère avait prévu " ces scrupules de conscience ". On s'accordait à dire : "C'est le génie du grand homme; ce n'est pas sa figure. "
Après la chute de l'Empire, Canova fût chargé de négocier avec Dominique Vivant Denon la restitution des oeuvres d'art au Vatican. Le jour où Vivant Denon envoyait sa lettre de démission au roi Louis XVIII, Canova supervisait l'emballage et l'expédition d'une centaine d'oeuvres. En sa qualité d'Inspecteur Général des Beaux Arts du Vatican (il a été nommé le 10 août 1802), il crée deux nouvelles pinacothèques pour exposer ces oeuvres restituées. Il continue par la suite son oeuvre muséale, très comparable au plan méthodologique à celle de Dominique Vivant Denon.
Le Pape Pie VII l'annobli en 1815, le faisant Marquis d'Ischia.